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Sadurni Girona Roig
sgirona@xtec.net

Bernard Stiegler, un philosophe interactif

LE MONDE | 03.01.06 | 14h04  •  Mis à jour le 03.01.06 | 14h04

Bernard Stiegler, nouveau directeur du développement culturel du Centre Pompidou.

DENIS ROUVRE POUR "LE MONDE"
 
StieglerPortrait.gif (20147 octets)

 




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Une fois de plus, Bernard Stiegler est passé à l'acte. Le 1er janvier, il a quitté l'Institut de recherche et coordination acoustique/musique (Ircam) pour prendre la direction du développement culturel du Centre Pompidou. A 53 ans, ce philosophe qui se réclame du Socrate qui participe à la guerre du Péloponnèse ou du Leibnitz qui invente la machine à calculer est à l'opposé du penseur reclus. Lui a besoin de "mettre la main à la pâte". Au risque de se brûler.

Parcours
1952
Naissance à Villebon-sur-Yvette (Essonne).

1983
Sort de prison.

1996
Directeur général adjoint de l'Institut national de l'audiovisuel (INA).

2002
Directeur de l'Ircam.

2006
Directeur du développement culturel du Centre Pompidou.

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"Le philosophe est confronté à la réalité qui, aujourd'hui, est industrielle et technologique, déclare-t-il. Donc, je m'intéresse à l'industrie et à la technologie." Cette forme de prise directe avec la société mène sa vie depuis son abandon de l'école en 1968. Il passe alors de la classe de seconde aux barricades de la rue Gay-Lussac. "J'ai vu comment les flics laissaient faire..." Ce soupçon de complot le pousse vers le Parti communiste, qu'il quittera en 1976, rejetant "le stalinisme imposé par Georges Marchais".

Entre-temps, il a baigné dans cette "culture ouvrière" qui était celle de sa famille. Père ingénieur à la télévision française et mère employée de banque faisaient à ses yeux partie de ce "prolétariat en admiration devant la culture" telle qu'elle était avant d'être "bousillée par TF1". Il découvre la lecture, la musique, l'histoire de l'art. "La télévision du général de Gaulle m'a élevé. C'est elle qui m'a fait découvrir Eschyle et la tragédie grecque à 12 ans." On pouvait alors "être pauvre et éduqué".

Après 1968, il fait tous les métiers : manoeuvre, employé de bureau, commis de courses dans un cabinet d'architecte... Ouvrier agricole, il gère une exploitation dans le Lot-et-Garonne pendant deux ans jusqu'à la grande sécheresse de 1976, qui met fin à ce retour à la terre.

Bernard Stiegler ouvre un bistrot musical à Toulouse, où il invite des musiciens de jazz. "Cela marchait très bien." Son café-restaurant séduit Gérard Granel, professeur de philosophie à l'université de Toulouse, passionné de jazz. "On est devenus très copains. J'étais très fier de le fréquenter..."

Dans "la limonade", les finances sont souvent tendues. "Du jour au lendemain, je n'ai plus eu droit au moindre découvert bancaire à cause du plan Barre, et mon agence a refusé de payer mes traites..." L'alcool, la java... Bernard Stiegler passe à l'acte. "Je suis allé braquer une banque pour combler mon découvert." Et ça a marché. "Cela s'est très bien passé... J'y ai pris goût et j'ai braqué trois autres agences." Toujours seul. " C'est plus efficace et on n'a pas besoin de partager", explique-t-il.

Le quatrième braquage à main armée est fatal. Une patrouille de police l'arrête en flagrant délit. Bernard Stiegler sera condamné à cinq ans de prison. "J'aurais pu en prendre pour quinze ans mais j'avais un très bon avocat." La chance... Pas uniquement. "J'étais intoxiqué. Sans la prison, j'aurais mal tourné..."

La détention provisoire, qui durera trois ans, commence plutôt bien grâce à l'intervention de Gérard Granel, qui obtient du juge d'instruction l'autorisation exceptionnelle de lui faire parvenir des livres. Mais Bernard Stiegler ne se résigne pas à partager sa cellule avec un autre prisonnier. Sa grève de la faim dure trois semaines. "Je voulais me laisser crever."

Le mitard et l'isolement dans le quartier de haute sécurité n'y font rien. "On m'a remis dans une cellule normale en me laissant tout seul." Il commence alors à "dévorer les livres", s'inscrit à l'université de Toulouse et, faute de baccalauréat, passe le concours d'entrée. En menant ses études de philo, il sert d'écrivain public et attrape ainsi le virus de l'enseignement, qui le poussera à aider les détenus qui préparent le bac.

Dès sa sortie de prison, il file à l'aéroport de Blagnac, atterrit à Orly et se rend directement rue d'Ulm, à l'Ecole normale supérieure, lieu symbolique de sa mutation. Là, il rencontre Jacques Derrida auquel il a écrit sur les conseils de Gérard Granel et qui lui a répondu une semaine plus tard. La même année, en 1983, le Collège international de philosophie est créé par Jean-Pierre Chevènement et dirigé par... Jacques Derrida. Bernard Stiegler y tient un séminaire bimensuel sur la technique dès 1984.

Grâce à cette tribune, il est remarqué et embauché comme chercheur au ministère de la recherche avant de travailler sur l'exposition "Mémoire du futur" en 1988 au Centre Pompidou. C'est alors l'Université technologique de Compiègne (UTC) qui lui offre un poste de professeur. Il a enfin l'impression d'"en être sorti".

Désormais penseur, le dévaliseur accidentel de banques ne renie pas pour autant l'action. A la Bibliothèque nationale, il travaille avant la lettre sur la numérisation de l'écrit, en 1989. Directeur général adjoint de l'Institut national de l'audiovisuel (INA) de 1996 à 1999, il se passionne pour l'indexation de l'image par son contenu avant de prendre, en 2002, la direction de l'Ircam.

L'année 2006 verra la fusion de toutes ses passions. Il a été nommé au Centre Pompidou pour y développer des technologies interactives et constituer des communautés d'amateurs. Bernard Stiegler tient à se positionner à l'opposé de la culture TF1, dont le PDG, Patrick Le Lay, reconnaît vendre du "temps de cerveau disponible". Il continue de cultiver une aptitude à la révolte qui n'a rien perdu de sa charge politique. Ni de sa couleur. D'où son étonnement à chaque fois qu'un gouvernement de droite le nomme à un poste.

Sans doute n'a-t-il guère de concurrence. Difficile de lutter. Il commence sa journée dans son bain avec un dictaphone numérique sur lequel il s'enregistre. Il la poursuit en voiture lorsqu'il se rend à l'UTC pour donner un "indispensable" cours hebdomadaire de philosophie. Le samedi et le dimanche matin, il convertit les enregistrements bruts en articles et en livres.

L'été, il écrit dans sa maison en Corse. Quatre livres publiés en 2005 et autant en 2004. Une production telle que son épouse, Caroline Stiegler, a abandonné son métier d'avocate pour transcrire ses enregistrements et collaborer à ses recherches. Avec trois amis philosophes (Georges Collins, Marc Crépon et Catherine Perret), il a créé un site Internet, Ars Industrialis, qui se définit comme une "association internationale pour une politique industrielle des technologies de l'esprit".

Un véritable programme.

Michel Alberganti

Article paru dans l'édition du 04.01.06



Una d'elles és  descobrir qui és  Bernard Stiegler. Jo no en sabia res   = :-(


Ha anat a   Ars Industrialis i he vist que està en  anglès, francès, espanyol , italià i neerlandès  :-)

http://www.arsindustrialis.org/index_html-es?set_language=es&cl=es

Sona a ben original ,  ja anirem esbrinant mica en mica si ,  a més , és  interessant de veritat.

Però suposos que valdrà la pena seguir -ne  l'evolució per estàs al cas  del que couen
a  Paris.

Sani
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