2- La sphère de l’humain
Je vous invite, après avoir exploré la sphère de l’Infra-humain en quête des
réalités naturelles
contingentes à l’évolution de l’espèce humaine , à pénétrer dans la sphère de
l’humain marquée
par les réalités culturelles inhérentes à l’extension des pouvoirs humains dans
la nature.
Il s’agit de prendre la mesure de l’Empire que
l’Homme a établi dans la sphère de l’Humain
et des "progrès" actuels de son action dans la nature.
Un philosophe du XVII° s.
se moquait de l’homme qui se croyait dans la nature un empire dans un empire
alors que l’homme, affirmait-il, suit les lois de la nature comme n’importe
quel autre phénomène naturel.
L’ère moderne remet en question cette affirmation. Les technosciences permettent
à l’Homme
de s’affranchir de plus en plus des contraintes que lui imposaient les lois de
la nature .
Malgré les nouveaux pouvoirs qui lui sont dévolus par les technosciences
, l’Homme moderne
a renoncé à se comporter, selon la formule cartésienne , « comme maître et
possesseur de la nature » .
Mais il n’a pas renoncé à ses ambitions anthropocentriques au sein de la
nature..
La thèse qui sera défendue ici c’est que l’Homme, s'il ne prétend plus être
" maître et possesseur
de la nature", se considère comme investi des pouvoirs de « responsable
plénipotentiaire » et d’
« agent transformateur »
de la Création ( Natura sive Deus…) .
Cette thèse sera reliée à des conceptions transhumanistes qui investissent
l’Homme d’une puissance de « Créateur » .
en prônant le dépassement chez l’homme des limites imposées par sa nature
biologique
C’est ainsi que l’Homme s’arrogera la capacité de créer du vivant à partir de
la matière inerte,
de dupliquer par clonage des êtres vivants, de pratiquer la procréation par
ectogénèse, de créer des robots androïdes,
de vaincre la maladie et de reculer l’issue de la mort par le biais des
nanotechnologies et des sciences biologiques…
Ce ne sont là , direz-vous, que des fantasmes de science-fiction…
Mais nos frères humains ajoutent de plus en plus foi dans ces pouvoirs fantasmatiques
qu’ils qualifient de progrès même quand ces progrès s’accompagnent
chez l’homme de signes de régression morale.
La controverse entre
nous est ouverte !
Pour ma part , comme Grenouille passionnée d’écologie , je suis
inquiète de ces nouveaux pouvoirs
de l’homme qui compromettent des formes de vie sur la planète et risquent notamment
de provoquer la disparition de beaucoup d'espèces de nos frères animaux.
Partagez-vous mon inquiétude ?
Doit-on renoncer à qualifier de « progrès »
les avancées technoscientifiques ?
Pensez-vous que l’extension de ces
nouveaux pouvoirs de l’homme soit inexorable ?
Pour nourrir la controverse , je vais tenter
d’élucider les raisons de mon inquiétude personnelle
en la liant à une thèse qui postule l’avènement d’un homme métamorphosé capable
de transgresser
les limites de sa nature pour s’affirmer au sein de la nature comme
« responsable plénipotentiaire »
et « agent transformateur » de la Création.
Les raisons qui vont être
invoquées sont celles d’une Grenouille
dont l’esprit est hanté par le phénomène de sa métamorphose
et par sa généalogie d’avatar de la Grande Grenouille Mandeika , support du
Grand Tout dans la cosmogonie hindouiste. .
Voici donc ce que, comme Grenouille Mandeika, je
coasse :
- L’Homme est en train de se métamorphoser . Il n’est encore que le têtard d’un
Homme nouveau .
Un philosophe avait annoncé au siècle
dernier la naissance d’un homme métamorphosé
à qui il donnait le nom de métanthrope.
Le métanthrope devait représenter un genre nouveau de l’espèce
de l’Homo sapiens sapiens dont il allait se distinguer par des aptitudes supérieures d’intelligence
et de conscience.
Je pense que ce metanthrope est né avec
le XXI° S. C’est l’homme transgénique qui va mettre fin à la lignée
de l’homo sapiens sapiens .
Je lui donnerai le nom d’homo sapiens
transconsciens car sa qualité essentielle est d’être transconscient .
Sa transconscience lui donne une
conscience inter-êtres qui lui permet
d’infiltrer la matière-esprit de l’univers
et de se relier à la conscience diffuse dans tous les êtres ,
vivants où inertes, de la nature.
La Nature apparaît à cet homme
transconscient comme un vaste
« Soi » cosmique aux degrés divers de conscience .
le « Moi » conscient
psychique de l’individu humain n’étant qu’un composant de ce grand ensemble d’existants
interreliés..
- L’Empire de l’Homme apparaît de ce fait dilué dans une Transhumanité sans frontières entre l’humain et le
non-humain .
Cette transhumanité englobe dans le
concept d’humain des formes vivantes ou inertes avec lesquelles l’Homme se
découvre
des composants élémentaires, des liens
d’ascendance et de parenté génétique communs , des capacités vitales et
intellectuelles analogues,
des aptitudes sociales et morales
comparables, des énergies gouvernées par des phénomènes de conscience
similaires.
L’homo sapiens transconsciens devient
le Medium de cette Transhumanité. Il a le privilège de communiquer avec l’
« Esprit du monde »
qui anime la Substance matérielle et pensante
de ce Tout organique qu’est la
Transhumanité où l’Esprit est indissociable de la Matière
selon l’adage « Mens agitat molem
» ! …
Vous souriez sans doute, Frères
animaux, en reconnaissant dans mes élucubrations de grenouille Mandeika, des
visions panthéistes véhiculées
par des enseignements ésotériques, des
convictions philosophiques romantiques , des croyances mystiques de
spiritualités orientales
corroborées, semble-t-il, au siècle
dernier, par des observations de la physique quantique...
Notre controverse sur l’émergence d’un Homme transconscient et l’avènement d’une Transhumanité est ouverte…
Mais je vous propose de centrer en
priorité notre controverse sur le
constat des nouveaux pouvoirs technoscientifiques
dévolus à l’Homme et sur l'appréciation de leurs effets pour
l’avenir de la nature et particulièrement des espèces animales.
Les visions
« transhumanistes » qui ont été évoquées ne forment qu’un
arrière-plan métaphysique de théories réfutables .
L’essentiel est de considérer
concrètement quelles sont les nouvelles relations de pouvoirs qu’entretient
l’Homme du XXI° s
avec les réalités de la nature .
- Ces nouvelles relations de pouvoirs semblent avoir sonné le glas de
l’Humanisme hérité du siècle des Lumières. Ce type d’humanisme faisait de
l’Homme
l’empereur omnipotent de la Nature. Les
ressources animales, végétales, minérales de la planète semblaient offertes à
l’Homme
pour assurer le bien-être et le
progrès matériel et moral de l’espèce
humaine . Ce type d’humanisme a pu être qualifié de « racisme »
pro-humain.
dont la finalité était d’"arraisonner"
la nature au profit de l’espèce humaine
et au détriment des autres espèces animales.
L’ Anti-Humanisme était né.
L’Humanisme du siècle des Lumières ne pouvait
survivre aux catastrophes humanitaires du XX° s.
Cependant, au lendemain de la seconde
guerre mondiale, la pensée existentialiste s’affirmait comme un nouvel
humanisme.
Il était affirmé :
« Il n’y aura
pas d’autre Univers qu’un Univers humain … l’homme sera le
« législateur » de cet Univers »
Cette prédiction semble se confirmer.
L’Homme se comporte comme «
législateur » de cet Univers humain auquel nous donnons le nom de
Transhumanité.
Déchu de son rôle de « maître et
possesseur » de la nature, l’Homme moderne se voit investi des fonctions
conjointes
de « responsable
plénipotentiaire » et d’ « agent transformateur » de la
Nature
Les champs d’actions ouvertes à l'Homme
par ces deux fonctions sont les suivants :
-
La fonction de responsable plénipotentiaire implique le devoir pour le plénipotentiaire de préserver l’acquis
et les intérêts de l'instance qu’il
représente.
Si l’on considère, selon les
théories évolutionnistes, que l’Homme est le produit contingent d’une suite de
hasard et de nécessité,
la question qui se pose est de savoir si cet enchaînement de hasard
et de nécessité est régi par une instance
transcendante ( Deus sive Natura…)
dont l’Homme aurait la responsabilité de poursuivre dans l’univers le
« dessein ».
Si l’existence de cette instance
transcendante et de son dessein sont niés, l’Homme n’en conserve pas moins la
responsabilité
de représentant plénipotentiaire de
l’espèce humaine dont il est chargé de préserver les acquis et de promouvoir l'avenir.
Cette prise en charge d’un projet
humain radical , c’est-à-dire d’un projet dont l’origine et la finalité ont
pour seule racine l’Homme,
implique la mise en œuvre d’actions
visant la transformation de l’Homme et celle de la Nature selon des
perspectives transhumanistes.
-
La fonction d’agent transformateur ouvre à l’Homme un double champ
d’action selon que son action transformatrice
porte sur l’Homme lui-même ou sur ses
rapports avec la Nature.
S’agissant de transformer l’Homme,
les technosciences ouvrent des possibilités de « dépassement » de
l’Homme en permettant
de développer ses capacités
physiques et mentales et de le délivrer de certains aspects indésirables de la
condition humaine
comme la souffrance, la maladie, la
vieillesse…
S’agissant de ses rapports avec
la Nature , l’Homme du XXI° s. est
affronté à quatre risques majeurs :
l’épuisement des ressources
énergétiques, le dérèglement climatique, la pollution atmosphérique, le
développement démographique
incontrôlé de la population mondiale.
Les innovations technoscientifiques
et la conjonction de diverses technologies ( programme« NBIC » )
permettront-elles d’écarter
ces risques cataclysmiques ?
Nos frères humains se montrent en
général confiants.
Pouvons-nous, Mes frères animaux, partager
cette confiance ?
Pour ma part, vous savez que je suis une grenouille inquiète des nouveaux
pouvoirs technoscientifiques de l’Homme.
Mon inquiétude est que l’Homme , même
s’il ne se considère plus « comme maître et possesseur de la
nature » , ne continue à exercer
ses pouvoirs au détriment des autres êtres de
la nature.
La raison en est que l’Homme du XXI°
S., sapiens transconsciens , plénipotentiaire de l’espèce humaine et agent
transformateur
de la nature, n’est pas encore parvenu à la pleine
conscience des responsabilités qui lui incombent .
« Science sans conscience n’est
que ruine de l’âme »
Cet avertissement d’un humaniste du
XVI° s. est valable pour un
transhumaniste du XXI° s.
Les progrès humains que promet le
Transhumanisme sont essentiellement d’ordre
technique .
Il n’est pas tenu assez compte de
leurs finalités au point de vue moral.
Un transhumanisme éthique est à
créer
Notre place, Frères animaux , y serait
importante.
L’Homme , « ce quelque chose à
dépasser » ainsi que parlait Zarathoustra , ne pourra promouvoir
la renaissance transhumaniste du XXI°s , qu’en transgressant les frontières
que « l’anthropocentrisme »
avait tracées entre l’espèce humaine et les
autres existants de la nature.
Ainsi les progrès d’ordre éthique que nous attendons
de l’Homme transhumaniste du XXI° s.
pourraient commencer par une « Déclaration
des devoirs de l’Homme envers les animaux ».
Ce serait obéir à l’injonction
rousseauiste :
« Hommes , soyez humains ! »
L’Homme ne peut réellement se dépasser
qu’en devenant plus Humain.
Le concept d’Humain est la valeur qui
permet de relier l’Homme aussi bien à l’animalité qu’au divin.
Dit en latin , cela semble plus clair :
« Homo homini lupus ! »
disaient les Latins « Homo homini deus ! » proclamait-on au
XVII° s.
Les transhumanistes du XXI ° s. pourraient-ils
prétendre : « Homo homini et lupi deus ! »… ?
Ces questions touchant l’Homme et le Divin
se retrouveront dans la sphère de l’Ultra-humain
Mais avant de sauter, au risque de s’y noyer,
dans l’océan de cette sphère, la grenouille Mandeika
aimerait recevoir , Frères animaux, vos
sages opinions sur ce qu’elle a coassé dans
les eaux stagnantes
de la sphère de l’Humain.
La Grenouille Mandeika
Le 25 février 2010
.