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Le monde est ma représentation :
voilà une vérité valable à l’égard
de tout être vivant et connaissant, bien que l’homme seul puisse la porter à
sa connaissance abstraite et réfléchie. Dès qu’il y sera parvenu,
du même coup il aura acquis le jugement
philosophique. Il sera alors démontré pour lui qu’il ne connaît pas un
soleil ni une terre, mais toujours uniquement un œil qui voit un soleil, une
main qui sent le contact d’une terre ; que le monde qui l’environne
n’existe que comme représentation,
c’est-à-dire entièrement et uniquement par rapport à un autre être, celui
qui perçoit ; et cet être c’est lui-même. S’il est une vérité
que l’on puisse énoncer a priori, c’est bien celle-là ; car elle est
l’expression de cette forme et de toute expérience possible et concevable,
qui est plus générale que toutes les autres, telles que le temps, l’espace,
la causalité : car celles-ci présuppose déjà celle-là….
Aucune vérité
n’est donc plus certaine, plus indépendante de toute autre et ayant moins
besoin de preuves que celle-ci : tout ce qui existe, existe pour la connaissance,
c’est-à-dire le monde entier n’est objet que par rapport au sujet, n’est
que perception de celui qui perçoit, en un mot représentation….
Tout ce qui fait ou peut faire partie de ce monde est inévitablement
soumis à avoir le sujet pour condition, et à n’exister que pour le sujet. Le monde est donc représentation…
Schopenhauer - « Le monde comme volonté et comme représentation »
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