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A N N E X E S |
Hommes, soyez transhumains !
Merci , Chère Kurma, d'avoir choisi ce texte de Nietzsche
comme référence à nos discussions au comptoir du
Café-Philo.
Ton intention, je crois, est de calmer mes inquiétudes
à l'égard des risques écologiques que fait encourir à
la planète le développement de la population de nos frères humains.
Six milliards d'humains aujourd'hui . Neuf milliards dans cinquante ans !
La fiction prophétique de Nietzsche est rassurante.
L'humanité se développera comme un arbre qui se couvrira de milliards
de fleurs qui deviendront autant de fruits.
Les hommes unis entretiendront sans fin la force vitale de cet arbre cosmique.
Quelle vision édénique ! Je verrais bien ce grand arbre fruitier de
l'humanité prospérer à côté de l'arbre de vie du Paradis...
Cette référence au Paradis peut sembler intempestive
quand il s'agit de commenter un texte de Nietzsche.
Ce n'est là qu'un coassement intempestif de grenouille judéo-chrétienne.
Je vais tenter d'adopter une approche plus nietzschéenne
pour exprimer mes idées sur cette fiction de l'Arbre fruitier de l'Humanité
que propose Nietzsche dans l'Homme et son ombre
J'essaierai d'ausculter cette fiction à coups de marteau philosophique
pour imiter ce mode d'analyse pratiqué par Nietzsche sur les idoles/fictions.
Je limiterai mon auscultation à trois coups de marteau qui viseront chacun à découvrir les résonances
que la fiction
de l'Arbre fruitier de l'Humanité entretient avec trois thèmes fondamentaux
de la pensée de Nietzsche.
1 - la primauté de la Vie
2- la volonté de puissance
3- la sagesse dionysiaque
La luxuriance de l'arbre fruitier de l'Humanité fait
écho à la thèse du primat de la Vie qui gouverne la pensée de Nietzsche.
Le but assigné à
l'Humanité,considéré comme un arbre, sera de s'accroître indéfiniment en dépit des dommages
que son expansion pourra causer à la vie des individus .
Le devenir collectif prime l'avenir individuel.
L'image de la fourmilière est allégorique : seul l'intérêt de la
fourmilière importe dans la vie des fourmis, de même , chez les
humains, l'utilité
de l'individu sera appréciée à la mesure
du bénéfice que son travail apportera à la
prospérité de l'espèce humaine.
La force de l'instinct suffira-t-elle à entretenir la prospérité de la collectivité
comme le travail sacrificiel de la fourmi assure la survie de la
fourmilière ?
Il convient d'ausculter cette force de l'instinct chez l'homme dans sa
résonance
avec le thème nietzschéen de la Volonté de puissance auquel s'associe
celui du surhomme, l'être d'exception qui domine les "êtres du troupeau
".
La Volonté de puissance conceptualise cette force instinctive chez l'homme
de "vouloir-être-de-plus-en-plus-puissant" .Cet instinct est commun
à tous les êtres vivants.
Il est sous-tendu par deux pulsions essentielles de
l'inconscient humain:
la pulsion sexuelle et la pulsion de dominer.
La Volonté de puissance désigne donc les forces instinctives
de chaque individu qui serviront à promouvoir au niveau collectif une Vie
ascendante dont la figuration emblématique sera l'Arbre florissant de l'Humanité
qui ombragera
la terre entière.
La dimension planétaire de cet arbre semble être préfigurée
par le
symbole moyenâgeux de l'Arbre des philosophes qui représente un arbre engendré
par l'homme s'érigeant comme l'axe cosmique autour duquel gravitent la Lune et le
Soleil, symboles des énergies opposées et complémentaires
gouvernant l'univers.
Mais les dispositions instinctives individuelles peuvent s'avérer insuffisantes
pour mener la tâche
grandiose de préparer la
terre à nourrir le grand arbre fruitier de l'humanité .
Des moyens nouveaux seront à mettre en oeuvre par les instances collectives.
Est-il songé ici
à l'inventivité technique qu'il faudra développer pour faire face au
surpeuplement de la planète?...
Ce
que souligne le texte c'est le péril que ferait courir à
l'arbre de l'humanité la folie des moyens
susceptibles d'être mis en oeuvre.
Pour conjurer ce péril et pallier l'absence
d'instinct conducteur sûr, il est postulé de faire de la tâche
de subvenir aux besoins de l'arbre
fruitier de l'humanité une tâche de la raison pour la raison ...
Cette "tâche de la raison pour la raison" reste énigmatique
La raison est un mot, comme la sagesse, qui, dans un texte de Nietzsche, demande
à être ausculté.
Le marteau philosophique révèlera les résonances spécifiques que la raison
comme la sagesse ont dans la pensée de Nietzsche .
La raison, affranchie de l'instinct, est considérée par Nietzsche comme une maladie
et le processus
de rationalisation détaché de la vitalité lui semble une manifestation de
morbidité...
Quant à la sagesse, Nietzsche a opté pour celle de Dionysos , le dieu auquel
il a fini par s'identifier en signant de ce nom divin ses derniers écrits.
Ce "dionysisme" conduit Nietzsche à privilégier les
forces instinctives, les pulsions de l'inconscient,
à dire NON aux interdits que veulent imposer à l'homme la raison
logique, les religions, l'ordre social,
à dire OUI à tout ce qui permettra à l'homme d'affirmer le primat de la
Vie et la Volonté de puissance
qui lui assureront la maîtrise de l'univers...
Quelle serait donc la "raison de la raison" susceptible de mener à
bien la tâche grandiose de préparer
la terre à recevoir le grand arbre fruitier de l'humanité ?
Je souhaiterais, Chère Kurma, que tu dissipes mes doutes de
grenouille.
Mon auscultation à coups de marteau du texte de Nietzsche ne m'a pas libérée
de mes inquiétudes
à l'égard des risques de surpeuplement de la terre par l'espèce
humaine.
Peut-être diras-tu que mes inquiétudes sont dues à ma sénile myopie...
Il est aussi possible que mon marteau d'apprentie philosophe ait capté des
échos déformés de la pensée de Nietzsche.
Sur ce point je voudrais affirmer que je dis OUI à tout ce à quoi Nietzsche
dit OUI mais que je dis également OUI à tout ce à quoi il dit NON ...( Annexe
1 )
Ainsi , Chère Kurma et chers Frères et Soeurs animaux, je vous offre toutes
les chances de me contredire.
Mais pour les frères humains qui souhaiteraient intervenir dans notre
controverse animalière
je leur recommande d'adopter un esprit transhumaniste qui me semble avoir fait
défaut à Nietzsche dans sa valorisation de l'unique grand Arbre fruitier de l'humanité....
" Hommes , soyez transhumains ! "
Mandeika
la Grenouille
le 21 /04/10